Questions d’aujourd’hui sur le Credo de toujours

On accompagne les messes festives importantes ou les messes dominicales de la récitation du Credo après l’homélie. Il s’agit pour la communauté chrétienne, avant d’entrer dans le cœur du mystère, constitué par l’offertoire, la consécration et la communion, de réaffirmer ensemble le résumé en douze articles de notre foi commune, tel qu’il ressort des deux conciles de Nicée (325) et Constantinople (381).
 
Ce résumé indique ce que nous partageons, autour de la Trinité, de l’Incarnation et de la Rédemption. Ces trois mystères sont celui de Dieu en lui-même, celui du Dieu fait homme et celui du salut que nous recevons de Dieu, c’est-à-dire de la divinisation de l’homme, par le rachat de ses péchés. Ils forment la première partie de tout catéchisme digne de ce nom, résumant ce qu’il faut croire pour avoir la vie éternelle, avant de nous proposer ce qu’il faut faire et ne pas faire (à travers les commandements de Dieu) et enfin les moyens que nous mettons en oeuvre, en particulier la prière et les sept sacrements.
 
On peut résumer la foi catholique à travers cette expression souvent employée par les Pères de l’Eglise : « Dieu s’est fait homme afin que l’homme devienne Dieu ». Cette simple formule nous donne tout l’esprit du Credo.
 
Remarquons que le Credo se récite à la première personne du singulier, parce que la foi nous vient avant tout de la relation personnelle que chacun entretient avec Dieu. Nous sommes responsables, individuellement de notre foi et en même temps, c’est à travers elle que nous appartenons au peuple de Dieu, qui est aussi appelé le corps mystique du Christ, puisque c’est dans le Christ que nous sommes sauvés, que notre mort est anéantie et que nous vivons pour toujours. Ce « Je » du Credo est le modèle de ce que nous avons déjà appelé ici le sujet partagé. La foi vient du fond de la personne,Elle représente l’accès volontaire et libre au plan de Dieu sur l’humanité.
 
Cet accès n’est pas une nécessité rationnelle ou un calcul ; elle est un engagement, elle comporte un risque parce que non seulement elle est foncièrement libre mais elle est en chaque homme ce qui qualifie sa liberté. C’est ce risque qui fait comprendre pourquoi la foi n’est pas un savoir, comme dit saint Thomas d’Aquin : croire et savoir sont deux choses différentes. La foi emporte avec elle un savoir (celui des dogmes qui la définissent). Mais ce savoir ne vient pas de la raison et ne lui est pas réductible. Il vient du fait que je crois.
 
Mais d’où vient la foi ? Elle répond à d’autres questions que celles qui seraient purement liées au savoir rationnel.
 
Face au Mystère de l’univers, vers quoi je m’oriente ? vers quoi je me dirige ? qu’est-ce que j’aime ? qu’est-ce que je choisis ? Moi-même ? Ou bien la source mystérieuse de l’Ordre universel ? Ce dilemme fondamental, on peut dire qu’il crucifie littéralement la condition humaine. Aucun individu normalement constitué n’y échappe. Je crois en l’ordre, comme parle Malebranche, ou je crois en moi. Je crois en des choses qui me dépassent : la beauté, la bonté, la justice, la vérité. Ou je crois en moi et je cherche avant tout et par tous les moyens ma satisfaction.
 
Le siècle des Lumières a voulu nous faire croire que la raison pouvait résoudre ce dilemme et le transformer en un calcul. Les utilitaristes anglais ont expliqué qu’il fallait forcément rechercher le plus de plaisir, le plus de bonheur, le plus d’argent possible, qu’il n’y avait aucun dilemme et que tout ce qui ne tombait pas sous l’empire du calcul n’avait aucun intérêt. Ces grands calculateurs ne se sont pas aperçus tout de suite que leurs calculs, au nom desquels ils pensaient prouver la morale, en réalité anéantissait toute morale, détruisait tout engagement réel pour le bien, tout risque, tout choix, toute liberté, parce qu’il refusait de compter avec la foi.
 
A quoi riment toutes ces questions ? A nous faire comprendre que la foi est la condition de tout bien humain, que ce soit au plan naturel ou au plan surnaturel. La foi est ce qui révèle l’homme à lui-même.
 
Quelle différence y a-t-il entre le naturel et le surnaturel ? Le Credo nous en indique une dans la syntaxe du verbe croire : au plan naturel on croit à… Je crois à la justice de mon pays. Je crois à un avenir écologique du monde etc. Mais quand on atteint le plan surnaturel, celui où Dieu se donne lui-même à connaître et à aimer, on ne croit plus à quelque chose qui pourrait nous rester totalement extérieur, on s’investit totalement, on croit en Dieu, au point que comme le disait naguère le Pseudo Denys, repris par saint Thomas d’Aquin, la foi est une certaine situation de l’esprit en Dieu, en latin chez saint Thomas ; aliqua collocatio mentis in Deum. Voilà ce que l’on dit lorsque l’on déclare : Je crois en Dieu; Je me situe en Dieu. Je vois toutes choses par rapport à Dieu. Ce que ma raison ne pourrait pas envisager ou calculer, je l’atteins par la foi. La foi seule me donne l’incalculable.

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